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Comment bien concilier philanthropie et croissance des affaires
familiales
Né en 1908 d'un père agriculteur, commerçant de
glace et de bois et dirigeant d'une entreprise de construction de routes,
Philippe Baillargeon se voit confier à l'âge de 16 ans la responsabilité du
commerce assurant la livraison des blocs de glace aux résidences de la région à
partir d'un entrepôt situé au 264 rue Champlain, près de l'ancien V-41.
Son esprit d'entrepreneur l'amène à acheter une
salle de quilles et un hôtel, à prendre en charge la responsabilité d'un
service de camionnage, notamment pour le Pacifique
Canadien,
à se lancer dans l'élevage de bétail et l'agriculture ainsi qu'à mettre sur
pied une conserverie au 850, 2e Rue à Iberville. Ses vrais débuts dans le
domaine de la construction routière surviennent lorsqu'il achète une usine
d'asphalte et l'installe dans une gravière du banc Benoît à Saint-Grégoire en
1936. Sans négliger ses autres commerces, Philippe Baillargeon consacre de plus
en plus de temps à la recherche de contrats de voirie. Il se rend donc
régulièrement à Québec pour y rencontrer fonctionnaires et politiciens. Les
attaches politiques de son père et ses amitiés avec les gens du milieu lui
permettent d'obtenir des contrats intéressants. Il incorpore P. Baillargeon
Ltée en 1938.
De
1940 à 1944, il réalise des travaux d'envergure dont la construction de
sections de la route 7, maintenant devenue la route 133, et la construction des
pistes et des voies d'accès à la Base Militaire de Saint-Jean. Il commence à
développer une technique de resurfaçage des routes en étalant du bitume chaud
et une couche de pierre sur les surfaces à réparer. Cette méthode, pour
laquelle seules trois autres compagnies possèdent l'outillage, lui permet de
réaliser de nombreux contrats sur la rive-sud du fleuve, jusqu'en Beauce. A
cette époque, il transfère ses opérations de la rue Champlain à Iberville et
fait construire de nouveaux bureaux et un garage pour l'entretien de la
machinerie sur le site de l'ancienne conserverie, détruite par un incendie en
1937.
La
décennie 1950 amène son lot de contrats intéressants, dont un mur de
soutènement en ciment le long du fleuve pour protéger la ville de Longueuil et
la construction de ponts et de cours d'eau pour le ministère des Travaux
publics. C'est également à cette époque que le fondateur achète une entreprise
de béton bitumineux à St-Philomène, non loin de Ville Mercier, qu'il achète le
commerce de béton familial de Saint-Lambert, qu'il attaque le marché
montréalais en ouvrant ses bureaux de la rue du Parc et qu'il commence à
établir sa carrière, ses usines d'asphalte et de béton prémélangé sur le chemin
des Carrières à Saint-Jean. Les entreprises de Philippe comptent à cette époque
plus de 500 employés qui s'affairent l'hiver au déneigement et à la
construction d'H.L.M.
Pendant ce temps, son fils Pierre complète ses
études de droit. Il commence à se familiariser avec les relations de son père
et à apprendre les rouages de la politique lorsqu'il accompagne ce dernier au
cours de ses voyages à Québec. A la suite de l'infarctus de Philippe à
l'automne 1962, il complète des études en administration à McGill et prend la
relève comme président, dès l'âge de 28 ans, suite au décès de Philippe.
Contrairement
à son père qui préfère diriger sa barque tout seul, le jeune Pierre adopte
plutôt une approche axée sur le travail d'équipe. Il réorganise l'entreprise en
s'adjoignant les services de collaborateurs qualifiés dans divers domaines. Il
fait preuve d'une grande ouverture d'esprit face aux idées nouvelles, qui
deviennent nécessaires pour pallier au nouveau système d'appel d'offres publics
pour l'octroi des contrats des gouvernements, au début des années 60. Grâce à
lui les premières femmes font leur entrée au sein de l'entreprise et occupent
des postes d'importance. Est-ce à cause de son épouse Micheline Boulais, qu'il
nomme vice-présidente et qui lui apporte ses connaissances acquises dans son
entreprise familiale, Les Autobus Boulais Ltée?
Au fil des années, les projets importants se
succèdent, plus particulièrement dans le Haut-Richelieu et sur la Rive-Sud de
Montréal: citons entre autres la construction du stationnement de l'hôpital du
Haut-Richelieu et de nombreux centres commerciaux comme le "Carrefour", une
participation au projet de la mégastructure de la Base militaire de Saint-Jean
ainsi que nombre de travaux d'aqueducs et d'égouts, de viaducs, de routes et
d'autoroutes pour le compte de ministères, de municipalités, d'industries et de
commerces de la Montérégie. L'entreprise emploie toujours bon an, mal an, entre
150 et 200 personnes et se veut une entreprise familiale où se perpétue
l'esprit d'équipe qui contribue à son succès et sa longévité.
Les enfants de Pierre commencent à leur tour à
s'intéresser à l'entreprise en venant y travailler pendant les saisons
estivales. Reçue par le Barreau du Québec en 1993, Pascale pratique le droit à
Montréal avant de joindre l'entreprise en 1995. Ayant hérité du caractère
fonceur de sa grand-mère Boulais, Pascale Baillargeon s'intègre d'abord dans
l'organisation en traitant des dossiers légaux et administratifs, mais elle
s'intéresse bientôt davantage à la planification des opérations de
l'entreprise. Devant la nécessité d'adapter ses activités au contexte
concurrentiel et aux marchés changeants, elle travaille à l'amélioration
continue des divers départements. Elle complète en 1995 un D.E.S.S. en
fiscalité et en 1999 un M.B.A. pour cadres. Aujourd'hui directrice générale
adjointe de P. Baillargeon Ltée, la jeune femme occupe aussi la présidence de
Gestion Eaux Richelieu inc., filiale à 50% de P. Baillargeon Ltée. Précisons
que cette compagnie oeuvre dans le secteur de la filtration et de
l'assainissement des eaux pour la Régie d'assainissement des eaux du
Haut-Richelieu.
De son côté, Philippe-Antoine Baillargeon obtient
son diplôme de pharmacien en 1999. En plus de pratiquer sa profession à raison
de 20 heures par semaine, il s'implique désormais activement dans l'entreprise
depuis l'été 1999, assumant les fonctions de trésorier et de directeur des
ressources humaines.
Pascale
et Philippe-Antoine complètent actuellement un certificat en gestion de la
construction à l'E.T.S., dans le but d'assurer le succès d'une nouvelle relève
pour l'entreprise, celle de la quatrième génération. Ils partagent la
responsabilité des divers départements avec une nouvelle équipe de direction
qui a pour mission de maintenir la tradition d'excellence de la compagnie.
Homologuée ISO-9002, récipiendaire du Prix de l'excellence 2000 de
l'Association de la construction du Québec région Montérégie, détentrice d'une
certification PEP et d'un permis de recyclage de matériaux secs, P. Baillargeon
Ltée mise sur la qualité et la diversité de ses produits et services.
Enfin, l'entreprise développe également, à travers
les Immeubles P. Baillargeon Ltée, plus de 200 terrains résidentiels et
commerciaux, plus particulièrement les projets Place Héritage à St-Luc et
Projets Mérites à St-Athanase.
Il n'y a aucun doute la famille Baillargeon est
largement connue dans la région pour son apport économique mais également
communautaire et social. Depuis le fondateur Philippe, qui a été premier maire
de la ville de Saint-Luc de 1957 jusqu'à sa mort en 1964 et dont on vante
encore la générosité légendaire, en passant par Micheline à la
St-Vincent-de-Paul, la Société d'arthrite et la maison Mgr Moreau, jusqu'à
Pascale, qui a reçu le titre de Patriote de l'année en 1998 pour son
implication politique et au sein d'organismes à vocation historique comme le
Musée du Haut-Richelieu et les Amis du Fort Lennox, économique comme le
Fonds
Régional de solidarité et le CLD, et de la santé comme l'Hôpital du
Haut-Richelieu et la Fondation du CLSC et CHSLD de la Résidence Champagnat, où
Philippe-Antoine assure maintenant la relève.
Mais, c'est Pierre Baillargeon que l'on reconnaît
surtout comme un philanthrope dévoué à toutes les causes humanitaires
régionales. Premier président de la Fondation de l'hôpital du Haut-Richelieu,
il a également fait partie des conseils d'administration de la
Saint-Vincent-de-Paul, de la Fondation Savoy, du Fonds Claude Raymond, de la
Société d'Arthrite, du CHSLD Résidence Champagnat ainsi que plusieurs autres.
C'est sans compter ses nombreuses contributions financières à travers la
région. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait été reçu le 26 mai dernier
Chevalier de l'Ordre militaire et hospitalier de St-Lazare de Jerusalem, un
organisme international reconnaissant l'apport humanitaire d'un individu.
L'histoire de P. Baillargeon Ltée nous prouve donc
que la région peut compter sur des organisations familiales qui ont su allier
la croissance de leur entreprise avec l'implication dans leur milieu.
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